Perpignan, Le 6 Avril 2005

En 1984, mon père, passionné de vins, créait Sarda-Malet. L'enthousiasme dont faisaient preuve mes parents était extraordinaire et communicatif. Ils avaient pris la décision de reprendre la propriété de mon grand père, lui-même plus passionné de viticulture, que de vin. Chaque annèe, je participais aux vendanges et présentais les vins à des cavistes et des restaurateurs dont l'accueil pour l'appellation régionale était réservé.

En 1992, la maladie de mon père m'amena à m'occuper de la propriété, sans idée précise sur l'avenir. L'attachement au travail accompli depuis deux générations, la passion du terroir et du vin m'ont convaincu de continuer avec Suzy, ma mère. Pendant deux ans, j'ai visité tous les vignobles possibles, de la vallèe de la Loireà celle du Rhône, du Languedoc au Roussillon, en passant par Bordeaux et la Bourgogne. Les vignerons m'ont ouvert leurs portes et discuté librement de leurs méthodes de travail. Cette formation a été excellente et passionnante avec des rencontres merveilleuses.

J'ai parcouru toutes les vignes de la propriété, rang par rang en étudiant la qualité de la terre, celle des souches, en goûtant les raisins, regardant l'équilibre feuillage, bois et fruits. Ce travail m'a permis de réaliser des assemblages nouveaux, Réserve et Terroir Mailloles, et de déterminer de nouvelles parcelles pour nos Rivesaltes, telle la Carbasse.

Chez Sarda-Malet, nous avons toujours respecté les techniques culturales traditionnelles. Beaucoup de labours avec des charrues réalisées par des ferronniers, un suivi constant dans la vigne. Tout cela nous a permis d'arriver à une culture intégrée.

Ma passion pour le fruit vient de mon enfance. Max, mon père, importateur de fruits et primeurs, m'a sensibilisé à la beauté des fruits, cueillis à pleine maturité et transportés rapidement sur les lieux de leur consommation. Seuls les fruits de saison avaient droit de cité à la maison !

Ma mère et moi, nous nous sommes réparti le travail afin de réunir toutes les conditions pour réaliser le vin dont nous rêvons. Les rendements très faibles, entre 10 et 30 hectolitres à l' hectare pour la majorité des vins, un travail entièrement manuel : effeuillage progressif en fonction des annèes, fleurs coupées en deux pour le Mourvèdre, mauvaises herbes arrachées à l'achade, racines affleurantes escousseillées…. L'achat du meilleur matériel existant, des meilleures barriques… L'an dernier, un essai sur 4 barriques neuves de 400 litres en Terroir Mailloles ne nous a pas convenu à la dégustation, 16 Hectolitres représentent un an de travail
sur un hectare : Barriques et vin ont été jetés.

C'est pour moi, chaque annèe, un bonheur renouvelé de voir l'évolution de la vigne et de surveiller les étapes, de la fleur à la récolte, car le vin se fait à la vigne. La qualité du raisin, du cépage, peut alors s'exprimer pleinement sur son terroir.

Jérôme MALET